Cinq minutes ! C’est le temps qu’a duré la conférence de presse du ministre des Finances hier, pour venir annoncer quelques mesurettes, sans même donner l’occasion à nos amis de la presse de poser des questions qui, semble-t-il, resteront pendant encore un bon bout de temps sans réponse. Ce qui laisse présager l’hypothèse que nous nous sommes tellement bien engouffrés dans une situation gravissime que les membres du gouvernement n’osent même plus affronter les porte-voix de la population, c’est-à-dire les médias; Alors qu’il y a encore quelques jours, le gouvernement se vantait toujours qu’on soit “Covid Safe” ou même “Covid Free”. Vous vous rappellerez sûrement de la fameuse intervention du Premier ministre sur la chaîne de la BBC l’année dernière, quand il a été pris de court devant les questions de la journaliste britannique qui faisait état des critiques des Mauriciens sur le manque de promptitude à réagir face au désastre causé par le MV Wakashio dans le sud de l’île. Acculé devant ces questions auxquelles il ne s’attendait pas, surtout quand il lui a été demandé s’il ne serait pas judicieux de sa part de présenter des excuses au peuple mauricien, le voilà qui tenta de se justifier en citant l’exemple de la Covid-19. 

Cet argument au sujet de la gestion du Covid-19 a été utilisé à fond depuis le déconfinement. Il a même été un argument marketing fort, il faut l’admettre, pour encourager les touristes et les étrangers à reconsidérer l’île Maurice comme une destination phare; jusqu’à tout récemment, quand la population fut informé le vendredi 5 mars qu’il y avait trois nouveaux cas locaux de Covid-19 qui ont été recensés. Une situation qui interpella évidemment la population puisque nul ne savait jusqu’à présent comment est-ce que ces personnes avaient pu être contaminées. D’ailleurs, il faut se demander si c’était bel et bien un pur hasard ou simplement une précaution tournée en un exercice de communication quand le Premier ministre se faisait vacciner au Sir Harilall Vaghjee Hall le même jour, alors que l’on apprenait au même moment qu’il y avait des cas positifs locaux. Malgré cela, le chef du gouvernement disparu du circuit laissant non seulement la population, déjà angoissée et inquiète, dans l’attente d’une explication mais surtout la liberté aux pèlerins de se converger vers Grand-Bassin à leurs risques et périls et le soin aux associations socio-culturelles de prendre les décisions nécessaires, dont il nous faut ici saluer. Mais, mis à part le manque de transparence – qui devrait être un levier dans une telle situation, un autre sujet demeure une source d’inquiétude pour la population : notre économie. Que peut-il nous arriver de pire?

Cela fait plus ou moins un an, à quelques jours près, que le pays est passé en mode confinement pour la première fois depuis l’avènement de la Covid-19. Il faut rappeler que nous étions en full lockdown pendant presque trois mois. C’est à dire trois mois durant lesquelles toute activité économique était au point mort; trois mois durant lesquelles les entrepreneurs étaient angoissés à l’idée de devoir mettre la clé sous la porte; trois mois durant lesquelles la population active, c’est à dire le “working population” craignait à ce qu’elle perde leur emploi; trois mois durant lesquelles l’île Maurice ne s’attendait qu’à une chose : le pire ! Et malheureusement, vu que le gouvernement ne s’était pas préparé à de telles éventualités, la pandémie nous a attaqué sur le coup et a mis notre économie à genoux; ce qui nous a plongés dans une récession économique, une crise dont on n’est toujours pas sorti. Ce qui fait craindre qu’un reconfinement, à peine un an après le premier lockdown, n’est définitivement pas de bon augure. Nous avons vu les conséquences dues au premier confinement de l’année dernière : pertes d’emplois, des petites et moyennes entreprises qui ont dû fermer, le secteur touristique sous respiration artificielle… Bref, il n’y a aucun doute qu’avec cette deuxième vague et un reconfinement total, nous nous dirigeons tout droit vers un crash économique. Pourquoi ? La raison, elle est très simple ! Nous n’avons pas eu un véritable plan de relance économique post Covid-19. D’ailleurs, les acteurs de l’économie par exemple, s’attendaient l’année dernière à ce que le budget 2020-2021 soit un budget qui allait poser les jalons pour une relance économique. Jusqu’à présent, tout ce que le gouvernement a proposé n’était que des placebos.

Le pays est dans un état d’urgence économique, vit sur la dette et emprunte pour financer les dépenses courantes. Sans un véritable plan concret et durable, le pays ne sortira pas de ce trou noir. Les conséquences économiques et sociales de la pandémie se propagent sur toute la planète. Dans ce contexte de grande incertitude que nous vivons depuis 2020, c’est un monde complètement différent qui nous attend et cela pour longtemps. Des millions de personnes vont probablement basculer dans l’extrême pauvreté en raison du Coronavirus, tandis que celles qui étaient déjà en dessous du seuil de pauvreté connaîtront des privations encore plus aiguës. Je vous laisse donc deviner la suite. Mais cela ne veut pas dire qu’il est impossible de limiter les dégâts !

Déjà, la première chose qu’ils devaient faire depuis l’année dernière, c’était de rencontrer toutes les têtes pensantes de ce pays. Mettre les egos des uns et des autres de côté, réunir la crème de la crème du pays autour d’une table et passer en revue la situation. Plancher sur des idées économiques qui pourraient redonner du dynamisme sur le court terme, le moyen terme et sur le long terme. Commencer à réfléchir sur de nouveaux piliers de développement économique durable qui pourraient non seulement rapporter de l’argent au pays mais aussi créer de l’emploi.

A l’aube des 53 ans de notre indépendance, il faut dire que l’île Maurice s’est peu à peu imposée comme un modèle à suivre en matière de développement économique, de démocratie et de stabilité sociale depuis plus d’un demi-siècle. Nous avons su nous imposer comme un modèle sur le continent, balayant par la même occasion le pessimisme affiché par certains observateurs économique des années 60, puisque 50 ans plus tard, même Joseph Stiglitz, par exemple, prix nobel de l’économie, avait suggéré aux États-Unis de s’inspirer du destin miraculeux de l’île. La preuve qu’un petit bout de rocher en plein milieu de l’océan indien peut accomplir des choses extraordinaires. Quoi qu’il n’y ait pas eu de miracles mais tout simplement de bonnes politiques économiques. D’ailleurs, la dernière fois que l’île Maurice a expérimenté une telle crise économique de ce genre, c’était dans les années 80. Mais nous avons pu surmonter ces épreuves “with the right person at the right place”.

Donc, pour minimiser la casse, il faut tout simplement sortir de son petit cocon ou de sa petite bulle. Dialoguer avec les acteurs économiques mauriciens qui ont fait leur preuve, élargir le débat avec la population afin de comprendre les forces et les faiblesses de nos citoyens, et appeler les anciens dirigeants de ce pays autour d’une table afin de pouvoir proposer un vrai plan de relance économique, non seulement dans l’intérêt du pays, mais aussi pour la future génération, parce que notre avenir en dépend.

Alexandre Laridon

 

 

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